« Arrête avec tes mensonges » Quotes.

1. "En fin de compte, l'amour n'a été possible que parce qu'il m'a vu non pas tel que j'étais, mais tel que j'allais devenir."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

2. "Je dis  : c'est pour cette raison que tu as précisé que tu avais quelque chose d'étranger  ? Il dit  : oui, les yeux sombres, la peau brune. Et ce sentiment, qui sait, de ne pas être tout à fait à sa place, ici, d'être une sorte de déraciné, comme si on pouvait avoir le déracinement en héritage."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

3. "J'ai dix-sept ans. Je ne sais pas que je n'aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n'est qu'un instant, que ça disparaît et quand on s'en rend compte il est trop tard, c'est fini, elle s'est volatilisée, on l'a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s'accrochent pas, de l'eau sur les plumes d'un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

4. "Tout ça sentait les économies de bout de chandelle, pas la misère mais la médiocrité, ce qui est indéniablement beaucoup plus impardonnable."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

5. "À mesure que je m'approche, je vois cette nervosité, qui n'est en fait que de la timidité, quelque chose entre la gaucherie et l'émoi, une sorte de confusion plus   que d'appréhension. Je me demande s'il éprouve de la honte, je veux croire qu'il s'agit seulement d'une gêne, de la manifestation de sa   pudeur. Je retrouve aussi sa sauvagerie, ce qui   le tient à part. J'en suis troublé car je me remémore sa mâle assurance, sa confiance calme, je pourrais être rebuté par l'égarement de sa superbe, en réalité rien ne me touche davantage que le craquèlement des armures et la personne qui s'y révèle."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

6. "Il dit qu'il n'a jamais fait ça avant, jamais, qu'il ne sait même pas comment il a osé, comment il s'en est senti capable, comme c'est sorti de lui, il laisse entendre toutes les interrogations, toutes les hésitations, tous les dénis par   lesquels il est passé, tous les obstacles qu'il a dû surmonter, toutes les objections qu'il a contrées, le combat intérieur, intime, silencieux qu'il a mené pour en arriver là, mais il ajoute qu'il y est parvenu parce qu'il n'a pas eu le choix, parce qu'il devait le faire, parce que ça s'est imposé comme une nécessité, parce que c'était devenu trop épuisant de lutter. Il tire sur la cigarette, il la mord presque, la fumée s'attaque à son regard. Il dit qu'il ne sait pas se débrouiller avec ça, mais que c'est là, alors il me le donne comme un enfant jette ses jouets aux pieds de ses parents. Il dit qu'il n'en peut plus d'être seul avec ce sentiment. Que ça le blesse trop."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

7. "Je dis : pourquoi moi ? Il dit  : parce tu n'es pas du tout comme les autres, parce qu'on ne voit que toi sans que tu t'en rendes compte. Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable  : parce que tu partiras et que nous resterons."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

8. "La jalousie ne m'est pas un sentiment inconnu, il est néanmoins très éloigné de moi. Je ne connais pas la possessivité, n'estimant pas qu'on dispose de prérogatives sur les êtres, je ne suis pas à l'aise avec la notion même de propriété. Je respecte au plus haut point la liberté de chacun (probablement parce que je ne supporterais pas qu'on entame la mienne). Je suis capable aussi, me semble-t-il, de discernement, et même de détachement. En tout cas, ce sont des qualités qu'on m'attribue, même à cet âge-là. Généralement, je ne me comporte pas en envieux et j'ai toujours trouvé avilissante l'agressivité hideuse des mégères. Sauf que tous mes beaux principes s'écroulent en une seconde, la seconde de la jeune fille sautant au cou de Thomas. Parce que cette scène témoigne d'une vie vécue en dehors de moi. Et me renvoie au vide, à l'inexistence de la façon la plus cruelle. Parce qu'elle montre ce qui m'est dissimulé habituellement. Parce qu'elle raconte le charme du garçon ténébreux et le nombre des tentatives qui doivent se produire afin de s'en approcher. Parce qu'elle offre une alternative au garçon déboussolé, tiraillé. En réalité, je ne supporte pas l'idée qu'on pourrait me le ravir. Que je pourrais le perdre. Je découvre –  pauvre imbécile  – la morsure du sentiment amoureux."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

9. "Je reviens sur la piste, je danse encore, j'oublie mon corps, j'oublie la honte."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

10. "Un aveu. Je fais autre chose encore, autre chose que visualiser la scène, autre chose que convoquer un souvenir, je me dis  : à quoi Thomas a-t-il pensé, quand ça a été le dernier moment  ? après avoir passé la corde autour de son cou  ? avant de renverser la chaise  ? et d'abord, combien de temps cela a-t-il duré  ? une poignée de secondes  ? puisqu'il ne servait à rien de perdre du temps, la décision avait été prise, il fallait la mettre à exécution, une minute  ? mais c'est interminable, une minute, dans ces circonstances, et alors comment l'a-t-il remplie  ? avec quelles pensées  ? et j'en reviens à ma question. A-t-il fermé les yeux et revu des épisodes de son passé, de la tendre enfance, par exemple son corps étendu en croix dans l'herbe fraîche, tourné vers le bleu du ciel, la sensation de chaleur sur sa joue et sur ses bras  ? de son adolescence  ? une chevauchée à moto, la résistance de l'air contre son torse  ? a-t-il été rattrapé par des détails auxquels il ne s'attendait pas  ? des choses qu'il croyait avoir oubliées  ? ou bien a-t-il fait défiler des visages ou des lieux, comme s'il s'agissait de les emporter avec lui  ? (À la fin, je suis convaincu qu'en tout cas, il n'a pas envisagé de renoncer, que sa détermination n'a pas fléchi, qu'aucun regret, s'il y en a eu, n'est venu contrarier sa volonté.) Je traque cette ultime image formée dans son esprit, surgie de sa mémoire, non pas pour escompter y avoir figuré mais pour croire qu'en la découvrant, je renouerais avec notre intimité, je serais à nouveau ce que nul autre n'a été pour lui."
- Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges »

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